Commandement Luftwaffe

Le commandement de la Luftwaffe dans l’Oise
par Frédéric Gondron et Marc Pilot

Au lendemain de la Campagne de France, l’aviation allemande tente de s’approprier la suprématie aérienne sur le front de l’ouest dans le but de permettre l’invasion du Royaume-Uni (Opération Seelöwe = opération Lion de Mer ou Otarie). Si, dès la fin du mois de mai, le bombardement des convois britanniques est lancé (Le Kanalkampf= combat de la Manche),la destruction de la Royal Air Force doit assurer le débarquement des forces terrestres allemandes et permettre de faire face à la Royal Navy.
A la tête de la Luftwaffe, le Reischmarschall Hermann Göring lance le 13 août 1940 une attaque aérienne massive intitulée Adlertag (Le Jour de l’Aigle) pour détruire la Royal Air Force et les principales villes. Des essaims de bombardiers escortés de chasseurs prennent l’air, en particulier ceux de la Luftflotte 2 du Generalfeldmarschall Albert Kesselring, basée dans le nord-est de la France, en Belgique et aux Pays-Bas. Les escadrilles des aérodromes de Beauvais et Creil, passées sous les ordres de la Luftflotte 3 du Generalfeldmarschall Hugo Sperrle, participent activement à cette offensive.
Les attaques menées par la Luftwaffe sur les aérodromes militaires et les usines aéronautiques d’Angleterre et d’Ecosse ne produisent pas leurs effets en raison d’une résistance tenace de la Royal Air Force. Le 7 septembre, l’Opération Adler se mute en Blitz (Eclair) consistant à bombarder les points stratégiques et les villes britanniques. Pour mener toutes ces opérations, les forces allemandes s’appuient sur les nouveaux territoires conquis en France, en Belgique ou en Norvège. L’Oise devient donc l’une de ces bases arrières de la Luftwaffe d’où s’envolent les appareils de l’aviation allemande à destination de la Grande Bretagne mais aussi, à partir de 1941, le lieu de commandement de Göring au PC Robinson I basé au Coudray-sur-Thelle.


L’Oise, base arrière de la Bataille d’Angleterre
Le département de l’Oise représente une position stratégique couvrant Paris, on ne s’étonnera donc pas de voir de nombreuses unités allemandes stationnées dans notre département dès l’invasion du territoire français. L’arme la plus représentée est certainement la Luftwaffe, que ce soit avec des unités combattantes (avec les aérodromes de Beauvais-Tillé et Creil) ou avec des États-majors (le IIe Jagdkorps à Gouvieux-Chantilly, le IXe Fliegerkorps au Francport puis au Coudray-sur-Thelle) qui occupent les nombreux châteaux et les grandes demeures bourgeoises du département. Ces unités sont intégrées à la Luftflotte 2, largement implantée en Picardie, qui prend part le 13 août 1940 à la bataille d’Angleterre. Elle est chargée du sud-est de l’Angleterre et de la région londonienne. Quatre jours après le Jour de l'Aigle, le KG 76 ne dispose plus que de 19 appareils sur 29 alignés au départ. Pour éviter de telles pertes les attaques deviennent nocturnes. La RAF ne tarde pas à frapper les aérodromes d'où partent les bombardiers par des attaques de nuit. Le 8 mars 1941, un Blenheim du 23 Squadron, avec le Flying Officer Gawith aux commandes, quitte peu après 21H00 Manston, dans le Kent. Une heure et demie plus tard, il survole l'aérodrome de Beauvais à 1000 pieds.
Organisation de la Luftwaffe
La Luftwaffe était structurée en plusieurs armées aériennes (Luftflotten) réparties en zones géographiques, front par front :
la Luftflotte 1 (nord-est de l'Allemagne)
la Luftflotte 2 (nord-ouest de l'Allemagne),
la Luftflotte 3 (sud-ouest de l'Allemagne et ouest de l'Europe),
la Luftflotte 4 (sud-est de l'Allemagne, l'Autriche, la Tchécoslovaquie),
la Luftflotte 5, la Luftflotte 6,
la Luftflotte 10 (chargée de l'entraînement),
la Luftflotte Reich,
ainsi que la Kampfgeschwader KG200 (escadre chargée des opérations spéciales) relevant directement de l'OKL (Oberkommando der Luftwaffe).

Une Luftflotte était divisée en Fliegerkorps (ou Jagdkorps) (corps aérien) doublée d'une Luftgau (zone administrative responsable des terrains, du logement,...), responsable d'une Fliegerdivision (par exemple une division aérienne spécialisée dans la chasse : " Jagddivision "). Les divisions aériennes étaient ensuite divisées en diverses unités de chasse, de bombardement, d'observation...
Ordre de bataille de la Luftwaffe
en Picardie le 12 août 1940

I Fliegerkorps, Generaloberst Grauert, Q.G à Beauvais

Kampfgeschwader 1, Q.G à Rosières-en-Santerre

- I./KG1 (Major Maier), Montdidier, Heinkel He-111.
- II./KG1 (Major B. Kosh), Montdidier, Heinkel He-111.
- III./KG1 (Major W. Fanelsa), Rosières-en-Santerre, Dornier Do-17.
-II./ZG76 (Hauptmann M. Groth), Abbeville, Messerchmitt Bf-110

Kampfgeschwader 76, Q.G à Cormeilles-en-Vexin.
- I./KG76 (Hauptmann Lindeiner), Beauvais, Dornier Do-17 Z.
- II./KG76 (Major Moericke), Creil, Junker Ju-88 A.
- III./KG76 (Major Schweizer), Cormeilles-en-Vexin, Dornier Do-17 Z.

KGzbV1, Compiègne-Margny (transport)
5 (F) Aufklärungsgruppe 122,
Hautefontaine (reconnaissance)

Sur cette photographie prise sur la côte du Nord-Pas-de-Calais lors de la bataille d'Angleterre en septembre 1940, on retrouve les principaux occupants du quartier général du Coudray-sur-Thelle. De gauche à droite : le Generalmajor Hans Jeschonnek (Chef des Stabes der OKL), le Generaloberst Bruno Loerzer (Chef du II Fliegerkorps) qui se rendit parfois au Coudray, le Reichsmarschall Hermann Goering (Chef de l'OKL) et le Hauptmann Bernd Brauchitsch (aide de camp du maréchal Goering).
Le Coudray-sur-Thelle, PC de l’Oberkommando der Luftwaffe (OKL)
En Picardie, on connait déjà le grand quartier d’Adolf Hitler (Führerhauptquartier Wolffsschlucht 2) à Margival dans l’Aisne, on ignore souvent cependant qu’un autre personnage important de l’Allemagne nazie a aussi installé son Poste de Commandement dans notre région, au Coudray-surThelle, à 15 kilomètres de Beauvais.
Il s’agit du Reichsmarschall Hermann Goering, chef du Haut Commandement de la Luftwaffe. Le village du Coudray-sur-Thelle est choisi pour plusieurs raisons : la première est qu’il veut être en France auprès de ses hommes et de ses escadrilles dans l’action que mène la Luftwaffe contre la Grande-Bretagne. La deuxième raison est qu’il adore Paris pour ses musées et ses spectacles ; il faut donc au Reichsmarschall un site opérationnel non loin de la capitale. De plus, il lui est nécessaire de pouvoir abriter son train blindé ainsi que celui de son état-major lors de ses voyages, car il n’aime se déplacer que dans son train « Asia » qui lui procure tout le confort possible. Pour ces différentes raisons, le tunnel ferroviaire de 1453 m de long implanté sur la commune du Coudray-sur-Thelle est choisi pour abriter le train du Reichsmarschall et de son État-Major.
Dès septembre 1940, les premières troupes de la Luftwaffe apparaissent dans le village et dans les communes environnantes. On compte plus de 1000 hommes de l’Organisation Todt pour mettre sur pied le PC « Robinson I » au Coudray-sur-Thelle. Les travaux durent quelques cinq mois pour construire des bunkers et des baraquements.
Au printemps 1941, le camp sort de terre. Sa surveillance revient alors à une unité de la Luftwaffe sous les ordres du Hauptmann Hans Glismann. En vue de parer à toute éventualité d’attaque aérienne alliée le camp est équipé de deux batteries de défense anti-aérienne. Une fois le camp en activité, un effectif d’environ 200 soldats de la Luftwaffe est affecté à l’état-major de Goering. Il s’agit de spécialistes en transmission, codage, météorologie, téléphonie et d’électriciens, auxquels s’ajoutent l’état-major et la section de transmission sans oublier le personnel affecté aux trains et à leur défense rapprochée. Ce fort contingent ne passe pas inaperçu dans ce petit village d’une centaine d’habitants. Le village du Coudray-sur-Thelle est alors organisé en trois secteurs. Le premier se situe autour du tunnel abritant le train de Goering, avec des postes de garde permettant notamment de filtrer les visiteurs arrivant de Méru.
Le centre nerveux est établi au sud-est du village autour d'une place d'armes et permet d'abriter la troupe permanente. On y trouve aussi l'infirmerie et le centre hospitalier, faisant face à des logements pour sous-officiers. A côté de la place d'armes, un abri en béton est installé pour protéger la troupe contre un raid aérien. Les Allemands établissent également dans les rues du village un complexe d'intendance et de logistique avec une suite de bâtiments abritant les cuisines, le coiffeur, le cordonnier, le cinéma, des ateliers de réparations de véhicules, des bureaux, des garages, un magasin et des logements pour la troupe et les chauffeurs ainsi qu'une petite caserne de pompiers et un dépôt d'essence. Au milieu de ces infrastructures, trois entrées d'abris souterrains maçonnés et bétonnés en partie permettent aux soldats de se protéger contre un bombardement. Enfin, un dernier secteur, plus connu sous le terme de zone interdite, est sous la mainmise du personnel affecté à l'état-major sous les ordres directs du Generalmajor Hans Jeschonnek. Hormis les membres de l'état-major, personne ne peut pénétrer dans cette zone.
Outre l’abri bétonné de protection, on y trouve une centrale électrique, une salle de conférence et le poste de garde du P.C du Reichsmarschall. S’échelonne ensuite l’important complexe de transmission du camp Robinson I. Il comporte deux logements d’habitations, une piscine, un central téléphonique sur deux niveaux, deux bâtiments regroupant différents bureaux affectés aux transmissions et un important bunker servant de poste de transmission pour centre de communications. Les Allemands y installent également différents baraquements abritant l’état-major : bureau du Generalmajor Hans Jeschonnek, les bureaux de son état-major et différentes baraques logeant les officiers. Cette zone très sensible est complètement camouflée par de larges filets recouvrant totalement les constructions. Il semble que le Reichsmarschall Goering soit venu huit fois au Coudray-sur-Thelle : le 10 octobre 1940, le 6 février 1941, en automne 1941, 1942, en été et en en octobre 1942, deux fois durant l’année 1943.
Une fois arrivé dans le tunnel du Coudray, le train « Asia » est complètement protégé des attaques aériennes, le Reichsmarschall vient inspecter son PC au village. Goering, malgré sa maison confortablement aménagée dans la zone interdite, préfère la sécurité de son train « Asia » et du tunnel du Coudray. Pendant toute la durée de la guerre où l’OKL est abrité dans la commune, il ne couche jamais dans ce luxueux chalet. Il fréquente assidûment la salle de conférence ainsi que son bunker proche. Dans ce centre opérationnel de Robinson I, Goering donne de nombreuses réceptions pour des hôtes de marque ainsi que des chasses aux petits gibiers (lapins, faisans, etc.) et, quand il est présent, le centre devient une véritable fourmilière. Finalement, l’importante débauche de moyens mis en oeuvre dans ce petit village, ne sert guère longtemps au numéro deux du régime nazi. En automne 1942, le Reichsmarschall Hermann Goering établit son nouveau camp à Goldap en Prusse Orientale (qui sera baptisé Robinson II), le Coudray-sur-Thelle va alors entrer dans une seconde phase d’occupation avec l’arrivée du IX Fliegerkorps.

Le IX Fliegerkorps au Francport
Avant de prendre ses quartiers au Coudray-surThelle, le IX Fliegerkorps s’est installé dans le château du Francport, à quelques kilomètres à l’est de Compiègne. Il y reste d’avril 1941 jusqu’à fin septembre 1943, moment où il est transféré au Coudray-sur-Thelle pour remplacer l’état-major de Goering.
Cet état-major, commandé par le Generalmajor Dietrich Peltz, dirige des unités de bombardement disséminées dans le nord de la France, en Belgique et une petite partie des Pays-Bas. La mission principale de cette unité est l’attaque des forces alliées de débarquement en Manche. Elle compte pour cela environ 330 appareils dont principalement des bombardiers à long rayon d’action, toutefois la réalité est loin de la théorie car seulement 150 appareils sont en état de voler régulièrement. Le camp Robinson I du Coudray-sur-Thelle est devenu le siège d’un corps opérationnel.

Le IIe Jagdkorps à Gouvieux
Le IIe Jagdkorps est chargé d’orchestrer la défense du territoire français et du sud de la Belgique avec la chasse de jour et de nuit. Il dépend directement du commandement de l’état-major de la Luftflotte 3, commandé par le Generalfeldmarschall Hugo Sperrle (voir organigramme). Les bureaux de celui-ci sont basés à Paris. Même si le IIe Jagdkorps dépend hiérarchiquement de la Luftflotte 3, on peut penser de façon certaine, qu’au fur et à mesure qu’avance la guerre, il prend ses ordres directement du commandement général de la Luftflotte Reich à Berlin. C’est à Gouvieux que les Allemands décident d’installer l’État-major du IIe Jagdkorps. Comme pour beaucoup d’état-major ou de Postes de Commandement, les Allemands choisissent un château. C’est dans le domaine des Fontaines, jusqu’ici propriété de la Baronne James de Rothschild, qu’il s’installe à l’abri des regards, dans une forêt et dans un parc lui-même protégé par un mur de 2 mètres de haut. Le choix de ce lieu s’explique certainement par cette tranquillité des lieux, la proximité parisienne, la proximité d’une gare (Gouvieux-Chantilly, très utile pour l’arrivée du personnel) ainsi que le voisinage de plusieurs aérodromes : le terrain des Aigles, les terrains de Persan-Beaumont, Creil et Chamant et un peu plus loin, le terrain de Beauvais-Tillé. L’État-major prend ses fonctions le 1er décembre 1942. Il se nomme tout d’abord Höherer Jagdfliegerführer West, avec à sa tête l’Oberst Max-Josef Ibel. Le 15 septembre 1943, il change d’appellation en devenant le IIe Jagdkorps, avec un nouveau commandant, le Generalmajor Werner Junck.
Les travaux ont commencé quelques mois auparavant. Un rapport de l’espionnage anglais signale le début des travaux vers le mois de septembre 1942. L’efficacité de l’Organisation Todt pour ce genre d’entreprise n’est plus à démontrer. En 1941 de nombreuses maisons godviciennes et cantiliennes sont réquisitionnées pour accueillir du personnel de l’Organisation Todt. Le personnel allemand n’est pas le seul là opérer sur ce genre de chantiers, une importante quantité de main d’œuvre française est réquisitionnée pour venir y travailler. La surface du bunker est de 509 m² ; 22,30 mètres de long pour une largeur de 27,60 mètres et une hauteur de 9,80 mètres, avec des murs extérieurs d’une épaisseur de 2 mètres. Cela représente environ 4 000 m3 de béton. En comparant avec d’autres bunkers du même type, on peut estimer le temps de construction de celui-ci à environ 3 mois, ce qui confirme le rapport anglais indiquant un début des travaux au mois de septembre 1942 pour une prise de fonction en décembre de la même année.
Le IIe Jagdkorps est chargé d'orchestrer la défense du territoire français et du sud de la Belgique avec la chasse de jour et de nuit. Il exerce un commandement opérationnel. Il peut disposer des forces aériennes, commander les états alertes pour des unités de combattants, les terrains d'aviation et les stations de radar. Il reçoit des informations par les postes de commandement subalternes : Jagddivision et Jagdfliegerfüher. Les informations vont et viennent entre eux. Le IIe Jagdkorps reçoit ses ordres directement de Berlin par la Luftflotte Reich. Une des fonctions importantes du IIe Jagdkorps est l'évaluation de la situation du ciel et l'évaluation de la menace principale, identifier toute incursion de leurres, décider le moment où des combattants peuvent être envoyés. Son rôle est alors d'ordonner aux Jagddivision quelles unités combattantes envoyer.
L'image que l'on se fait des bunkers est souvent celle de ceux que l'on rencontre sur les plages de Normandie, des bunkers de défense côtière avec un encaissement pouvant accueillir un canon de plus ou moins gros calibre ou des bunkers pouvant abriter des soldats. Ce sont là des bunkers type standard (Regelbau) que la Wehrmacht utilise. Les bunkers utilisés par les commandements de la Luftwaffe sont de type particulier (Sonderkonstruktion : construction spéciale) et surtout beaucoup plus grands. La finalité n'étant pas la même. Dans le cas du bunker du IIe Jagdkorps, il s'agit d'abriter les équipements nécessaires pour la surveillance du ciel (cartes de France, du Reich, cartes de report de la situation aérienne, cartes météorologiques, standard téléphonique, salle de radios, salles de vie quotidienne …)
Dans le domaine des Fontaines, les Allemands occupent deux lieux : le bunker et le château. Le château est occupé par des bureaux. Dans d'autres cas de figures similaires en France ou en Europe, bien souvent le château occupé sert aussi de ce que les Allemands appellent " Kasino ", un lieu de vie quotidien (détente, repas). En ce qui concerne l'hébergement, le château ne semble pas servir à cela. Les officiers et sous-officiers, travaillant dans le bunker sont hébergés dans les nombreuses demeures de Chantilly et Gouvieux. Quant aux soldats chargés de la surveillance et de la protection des lieux, de nombreuses maisons ont été réquisitionnées dans ces deux villes. Hormis les unités chargées de la surveillance du bunker et du domaine, et sans compter le personnel de l'Organisation Todt présent à la fin de l'année 1942, un nombreux personnel est présent dans le bunker. Les différentes fonctions inhérentes à l'état-major sont occupées par des officiers et sous-officiers (hommes et femmes). On peut estimer leur nombre à deux cents ou trois cents personnes (environ cent personnes par étage), divisées en deux équipes : une équipe de nuit et une équipe de jour. Généralement, ces équipes travaillent une semaine entière, suivie d'un jour de repos. A la fin de la semaine, une nouvelle équipe arrive. L'équipe de nuit a certainement une tâche plus difficile du fait du nombre supérieur d'attaques la nuit par les bombardiers. Pendant la période du débarquement et les semaines qui suivent, les équipes de nuit peuvent avoir jusqu'à mille attaques à gérer par nuit.
Mis à part les officiers supérieurs, chargés du commandement de l'état-major et de la communication des ordres aux différentes unités sous commandement du IIe Jagdkorps, les officiers ou sous-officiers présents occupent des postes bien précis : des officiers chargés du renseignement sur carte (radars, situation aérienne…) des télégraphistes, des radiotéléphonistes, des météorologues. Parmi ce personnel, il y avait des femmes (Luftnachrichtenhelferinen, appelées souris grises par la population du fait de la couleur dde leur uniforme), exclusivement attachées à la transcription des renseignements sur les cartes. Elles ont la particularité de le faire à l'envers. En dehors du bunker, on peut rencontrer dans le domaine des membres du SD (Sicherheitsdienst), service de sécurité du parti nazi chargé du renseignement, ainsi que des membres du N.S.K.K.
Les Français qui travaillent au château pendant cette période n'ont (en principe) pas accès au bunker. Ceux qui ont laissé un témoignage ont même révélé ne pas connaître ce bunker, pourtant très peu éloigné du château (entre 100 et 200 mètres à peine). Cette zone du parc leur est interdite. Une personne qui a pu cependant pénétrer dans le bunker, un serrurier, a laissé un témoignage. Quand il lui a été demandé ce dont il se souvenait de l'intérieur, il s’exclama: juste les serrures! A chaque fois qu'il y entrait, il était accompagné d'un garde avec la mitraillette dans le dos et avec ordre de ne regarder ni à droite ni à gauche ! Ainsi il n'a jamais pu voir la grande salle centrale des opérations qui abritait les cartes. Les Allemands faisaient changer régulièrement (au moins une fois par mois) les serrures des portes des différentes salles ou bureau.
Concernant la population locale, des femmes (entre 15 et 30 par semaine) sont réquisitionnées en mairie de Gouvieux et de Chantilly (Cf. document), soit pour faire le ménage dans le château soit pour l'entretien du parc. Des hommes sont également réquisitionnés pour le parc. Les agriculteurs godviciens doivent deux à trois fois par semaine mettre à disposition une charrette attelée. Celle-ci sert d'abord à emmener les femmes qui travaillent au château ; puis ils vont chercher de la nourriture à l'Hôtel du Grand Condé à Chantilly pour ensuite la ramener au château des Fontaines et ainsi nourrir tout le personnel de l'état-major.

Au printemps 1941, le gros de la Luftwaffe est ramené à l'est en prévision de l'invasion de l'URSS. Seuls les vrombissements nocturnes des bombardiers de la RAF troubleent alors le ciel de l'Oise, mais à partir de la seconde moitié de 1943, le passage des lourds bombardiers de la 8th Air Force américaine devint un spectacle habituel. Les Isariens comprennent alors que le cours de la guerre est en train de basculer.
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