BALDEYROU Jacques Joseph Benjamin alias Bill
Chef de cabinet à la préfecture de l’Oise
Résistant du réseau F2
par Jean-Yves Bonnard, notice mise à jour le 19 février 2025
Un brillant étudiant
Né le 22 décembre 1919 au n°11 rue de l’Odéon à Paris (11e), il est le fils du pharmacien Joseph Baldeyrou (1873-1929) et de sa seconde épouse Germaine Leroy (1898-1931). A la mort de cette dernière, il est placé sous la tutelle de sa tante Françoise jusqu’en 1936 puis de sa tante Théo jusqu’en 1940.
Pensionnaire au collège d’Orange, étudiant à la faculté de droit en 1937, bachelier en juillet de l’année suivante, il est élève de l’Ecole libre des sciences politiques. Licencié en droit, il est diplômé d’études supérieures de droit administratif et d’études supérieures d’économie politique. Maître d’internat à partir du 5 novembre 1938, d’abord à Vitry-le-François puis au lycée Hoche de Versailles, il est mobilisé dans l’artillerie puis dans l’infanterie du 8 juin 1940 au 12 août 1940. Démobilisé, il est versé dans les Chantiers de la Jeunesse n°5 bis du 12 août 1940 au 20 janvier 1941.
Le 15 octobre 1942, il est classé à la première place des admissibles au concours du chef de cabinet de préfet. Il n’est cependant pas admis à l’oral mais se voit offrir un poste de chef de cabinet auxiliaire. Il est nommé à la préfecture de l’Oise le 24 février 1943. Astreint aux lois sur le STO, il repasse le concours de chef de cabinet lors de la session spéciale de juin1943 et est inscrit sur la liste d’aptitude lors de la session normale d’octobre-novembre.
Le 15 octobre 1943, il présente sa thèse intitulée L’Organisation corporatrice de l’agriculture, laquelle est publiée l’année suivante.
Le chef de cabinet du préfet de l’Oise
Le 17 novembre 1943, le préfet Georges Malick écrit une lettre de recommandation demandant sa titularisation : « C’est parce que je considère que M. Baldeyrou est appelé à fournir et à juste-titre une très brillante carrière, qu’il est pour notre administration une recrue de choix, que j’ai pu constater ses qualités exceptionnelles d’intelligence, de tact, de caractère, que j’ai pris la liberté de vous adresser cette note. Depuis plus de vingt ans que je suis dans la carrière, il ne m’avait pas été donné de rencontrer – sans aucune exagération – un collaborateur ayant un tel degré de réelles qualités de cœur, une telle puissance de travail un sens des nuances, une connaissance des hommes. De plus, d’excellente éducation, il a su rapidement acquérir une autorité incontestable tant sur son personnel que dans le département, sans jamais oublier - ce qui est malheureusement fréquent à cet âge – sa position de débutant et le côté délicat de ses fonctions. J’ajoute enfin que dans les relations qu’il a eues et qu’il a avec la feldkommandantur – encore récemment lors de cette si délicate opération de prélèvement de main d’œuvre pour la Somme – il a fait preuve d’une doigté exceptionnel avec une fermeté qui a largement contribué à dissiper une atmosphère qui tendait à devenir lourde, mais a permis d’éviter des mesures contre nos concitoyens, dont les répercussions auraient été graves et pénibles (…) »
Titularisé, Jacques Baldeyrou est nommé chef de cabinet intérimaire le 1er janvier 1944. Le 10 janvier suivant, le préfet Georges Malick porte le jugement suivant à son égard : « M. Baldeyrou est une recrue de qualité pour l’administration préfectorale, son excellente éducation, son intelligence, ses qualités de travail et d’assiduité, la maturité et l’autorité qu’il a su acquérir dans ce département, le doigté dont il a fait preuve dans ses relations avec les autorités occupantes lors d’une récente et délicate opération de main d’œuvre, non seulement motive sa titularisation (je regrette vivement qu’elle ne soit pas encore intervenue) mais encore le signalent dans les circonstances actuelles comme susceptibles d’occuper un autre poste plus important dans lequel, j’en suis certain, ses qualités ne pourraient que s’affirmer et se développer ».
Jacques Baldeyrou épouse le 16 mai 1944 Jacqueline Beaugrand (1915-2002), employée au ministère de la santé publique du 16 avril 1938 au 4 décembre 1941 puis au ministère de l’artisanat du 5 décembre 1941 au 28 mai 1944. Cette dernière a été internée à Fresnes du 8 juin au 28 septembre 1943 pour avoir stocké des tracts de la résistance dans son bureau au ministère.
Quatre fils naîtront de ce mariage : Alain, François, Pierre et Jean. Le couple demeure alors au n°54 rue des Acacias à Paris (17e).
Une mise en cause à la Libération
Selon le journal L’Oise libérée du 30 septembre 1944, Jacques Baldeyrou est révoqué et mis en état d’arrestation par le commissaire de la République Pierre Pène. Considéré comme « collaborateur notoire » par le préfet de la Libération Yves Pérony, il est arrêté le 1er septembre 1944 et conduit à la maison d’arrêt de Beauvais. Le 13 septembre suivant, le préfet écrit à son sujet : « Jeune fonctionnaire de la carrière, a fait preuve de qualités indéniables. Mais a affiché ouvertement ses sympathies vichyssoises. Il semble s’être livré à des dénonciations contre certains de ses collègues ». Cet arrêté préfectoral est confirmé par un arrêté du Commissaire de la République, Pierre Pène, en date du 18 septembre 1944.
Jacques Baldeyrou est par la suite interné au Centre de Séjour surveillé de Clermont. Le 30 novembre 1944, la Commission d’Epuration du Comité de Libération approuve à l’unanimité sa libération. Mais à l’issue d’une enquête très poussée de la commission de vérification des internements administratifs saisie le 1er décembre 1944, l’arrêté d’internement est confirmé le 12 décembre.
Il est alors pourtant établi que les accusations graves portées contre Jacques Baldeyrou par la rumeur publique sont sans fondement. Le 20 décembre 1944, un arrêté du commissaire régional Pierre Pène rapporte les arrêtés des 1er septembre et 12 décembre et prononce la relaxe. La remise en liberté de Jacques Baldeyrou est effectuée le 20 décembre 1944 par arrêté du préfet Pérony. Il regagne alors son domicile parisien.
La face cachée
Durant le dernier mois de sa détention, les doutes concernant le fonctionnaire de Vichy vont être levés. Plusieurs témoignages démontrent son attitude de protection des habitants face aux exigences allemandes notamment lors du projet de réquisition de la main d’œuvre féminine pour travailler sur le site de Saint-Léger-aux-Bois. D’autres, apportent les preuves de son appartenance à la Résistance.
Une lettre du 27 novembre 1944 de la direction générale des services spéciaux atteste que Jacques Baldeyrou a fourni des renseignements militaires intéressants au service de renseignements interallié jusqu’au 1er septembre 1944.
Une attestation datée du 18 novembre 1944 des services de renseignement interallié indiquent que Jacques Baldeyrou y est immatriculé sous le n°6088.
Enfin, le 1er décembre 1944, le capitaine X, chef de groupe du réseau F2 de la Direction Générale des Services Spéciaux, apporte les preuves aux membres du CDLN que Jacques Baldeyrou appartenait à la Résistance sous le pseudonyme Bill. Ami d’enfance de l’interné, ce membre des services secrets avait rencontré le chef de cabinet du préfet de l’Oise en août 1943 et lui avait proposé le mois suivant de lui fournir des renseignements ce qu’il fait jusqu’à la libération.
Une courte carrière
Envoyé en Allemagne au Commandement en chef français en Allemagne (CCFA) à Baden-Baden en 1945, il est nommé secrétaire général de la préfecture des Ardennes en 1951. Il décède dans un accident d’automobile le 18 novembre 1952 à Mézières. Le jour de ses obsèques en la basilique de Mézières, le préfet des Ardennes Maurice Daudin lui rend l’hommage suivant : « Celui que nous pleurons vient d’être brutalement arraché à l’affection des siens à un âge où, pleine de promesses, la vie lui souriait et lui promettait d’heureux jours… Jacques Baldeyrou était un homme jeune, ardent, enthousiaste, un fonctionnaire dont la courte mais brillante carrière faisait envisager le plus bel avenir… Au cours des 18 mois passés à la Préfecture des Ardennes, il avait affirmé ses qualités d’’administrateur et de grand travailleur qui lui avaient valu la sympathie de ses chefs, de ses camarade, de ses subordonnés ».
Jacques Baldeyrou est inhumé à Vauchassis (Aube).
Sources
FARCY Jean-Claude, Bibliographie des thèses de droit portant sur le monde du travail (1885-1959), in Recherches contemporaines n°1, 1993 – L’Ardennais du 21 novembre 1952. Arch. départ. Oise 34W9 – 116W11828 – 450W6745 ; SHD GR 16 P28933 - SHD/ GR P 28 4 414 176 ; Genweb.
Remerciements à la famille Baldeyrou.